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L’obésité, une situation inflammatoire ?

Ecrit par • le juillet 29, 2010 • dans: Métabolisme de l'Adipocyte, Recherche & Innovation

L’obésité est une pathologie caractérisée par une augmentation de la masse adipeuse dans différents compartiments de l’organisme. Cliniquement elle est définie par un indice de masse corporel (IMC) supérieur à 30, calculé en divisant le poids de l’individu par la valeur de sa taille élevée au carré. Lorsque l’IMC est supérieur à 40 on parle alors d’obésité morbide, et aujourd’hui la lutte contre cette pathologie est devenue un enjeu de santé publique majeur. En effet l’obésité constitue un facteur de risque pour d’autres pathologies systémiques, telles que les maladies cardiovasculaires et métaboliques.

Le tissu adipeux, un organe endocrine

Le tissu adipeux est un tissu hétérogène composé de plusieurs types cellulaires : les adipocytes matures et plusieurs autres types de cellules (préadipocytes, fibroblastes, cellules endothéliales, histiocytes et macrophages) regroupés dans ce qui est appelé, la fraction stroma vasculaire (FSV). Ainsi bien qu’il soit observé lors de l’obésité une atrophie adipocytaire pouvant expliquer l’augmentation des sécrétions de cytokines et du métabolisme, il semblerait que la FSV soit responsable des médiateurs immunitaires et inflammatoires [1]. En effet avec l’augmentation de la masse grasse abdominale il y a une élévation chronique et modérée des médiateurs inflammatoires circulants, tel que des cytokines, des interleukines, des molécules modulant le développement de la matrice extra-cellulaire, ou encore des marqueurs non spécifiques de l’inflammation.

L'inflammation bas grade

Ceci caractérise une inflammation dite de « bas-grade », et historiquement, c’est la découverte d’une plus grande production de la principale cytokine pro-inflammatoire, le TNFα (Tumor necrosis factor alpha) par le tissu adipeux des souris obèses qui a ouvert la voie aux investigations sur les relations entre obésité et inflammation [2]. Outre la production par l’ensemble des différents dépôt adipeux de TNFα, l’expression de l’adiponectine, du plasminogen activator inhibitor 1 (PAI-1), de l’interleukine 8 (IL8), de l’IL1β, du monocyte chemoattractant protein-1 (MCP-1), du transforming growth factor 1 (TGF-β 1) est plus importante dans les dépôts profonds.

La sécrétion de ces médiateurs inflammatoires du TA est stimulée par la présence de macrophages dans la FSV, en particulier dans le tissu adipeux des individus obèses, où il y a une infiltration de macrophages proportionnelle à l’indice de masse corporelle [3]. Le niveau de cette infiltration macrophagique peut varier en fonction de la synthèse des molécules chimio-attractives, telle que le MCP-1 ou le facteur hypoxique hypoxia-inducible factor 1-α (HIF-1α). Il est intéressant de noter que des pré-adipocytes peuvent avoir des propriétés sécrétoires macrophagiques lorsqu’elles sont situées dans un contexte pro-inflammatoire. De plus les cytokines agissant sur le remodelage de la matrice extracellulaire (intercellular adhesion molecule ICAM ;vascular-cell adhesion molecule VCAM, Matrice métalloprotéinase 9 MMP9) participent au développement de la fibrose interstitielle.

Conséquence présumée de cette inflammation: apparition de complications

L’activité sécrétoire des adipocytes hypertrophiés, ainsi que l’infiltration macrophagique, constituent donc un cercle vicieux d’inflammation de « bas-grade », et engendrent une réponse pro-inflammatoire contribuant à la progression des pathologies liées à l’obésité. En effet il semblerait que les complications systémiques métaboliques, cardiovasculaires, hépatiques, voire l’association à certain cancers, soient favorisées par le contexte inflammatoire [4].

Il est important de noter que les éléments induisant cette infiltration dans le tissu adipeux sont multifactoriels, et les signaux paracrines, autocrines et endocrines ainsi que les modifications mécaniques (hypertrophie et hyperplasie adipocytaire) pourraient jouer un rôle dans ce phénomène. Ainsi les profils sécrétoires du tissu adipeux peuvent évoluer selon les changements métabolique et physique de l’organisme. Ainsi derrière le cercle vicieux développé lors de l’obésité, il apparaît des pistes thérapeutiques encourageantes. En effet de nombreuses études montrent qu’avec l’exercice physique, la perte de poids ou la réduction des apports caloriques, l’inflammation systémique de « bas-grade » et les concentrations circulantes de nombreuses cytokines pro-inflammatoires sont diminuées.

 

 Références bibliographiques

1.         Cancello, R., C. Henegar, N. Viguerie, S. Taleb, C. Poitou, C. Rouault, M. Coupaye, V. Pelloux, D. Hugol, J.L. Bouillot, A. Bouloumie, G. Barbatelli, S. Cinti, P.A. Svensson, G.S. Barsh, J.D. Zucker, A. Basdevant, D. Langin, and K. Clement, Diabetes 2005; 54:2277-86.

2.         Hotamisligil, G.S., N.S. Shargill, and B.M. Spiegelman, Science 1993; 259:87-91.

3.         Weisberg, S.P., D. McCann, M. Desai, M. Rosenbaum, R.L. Leibel, and A.W. Ferrante, Jr., J Clin Invest 2003; 112:1796-808.

4.         Hirsch HA, Iliopoulos D, Joshi A, Zhang Y, Jaeger SA, Bulyk M, Tsichlis PN, Shirley Liu X, Struhl K., Cancer Cell. 2010 Apr 13;17(4):348-61.